Feb 25, 2010 0
Energies alternatives : 6,3 milliards de DH d’économie par an
L’Etat veut alléger le poids des énergies fossiles. Le solaire et le nucléaire comme alternatives. Les professionnels refusent les appels d’offres. La révolution énergétique qu’appelle la fin du pétrole a son champion tout trouvé: le charbon, qui est actuellement en plein essor un peu partout sur la planète. Et pour cause, la houille cumule les atouts pour devenir l’énergie du siècle (ressources abondantes, bon marché…). Oui, mais de toutes les énergies, il est le pire émetteur de CO2. Un véritable handicap aussi qui pourrait profiter au nucléaire, tant il est vrai que le mouvement des défenseurs de l’environnement prend de l’ampleur dans le monde entier. Aussi, seul l’atome possède les atouts pour relever le défi énergétique du XXIe siècle, s’accordent à dire les experts en la matière. L’examen du projet de loi relatif à l’efficacité énergétique, sur la table du Conseil de gouvernement de ce jeudi, renseigne sur la prise de conscience des pouvoirs publics de la question de l’énergie. En atteste, d’ailleurs, la stratégie retenue autour des énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique, biomasse), qui, à terme, pèseront pour 42% du bouquet électrique du Royaume. La déclinaison à court terme de la stratégie porte sur la construction, d’ici à 2013, de 2 centrales à charbon à Jorf Lasfar. Pour le moyen terme, il s’agit de décliner tout le programme éolien de 1.000 MW d’ici 2014 et solaire, un an plus tard. La dernière phase de la stratégie (dont le deadline est fixé à 2025) fait la part belle au nucléaire et prévoit une deuxième raffinerie à Jorf Lasfar. Parallèlement, l’Etat est décidé de s’attaquer au problème du réchauffement climatique en élaborant une charte de l’environnement (elle sera signée le 20 avril prochain à l’occasion du sommet de la Terre à Rabat). Mais aussi, il a choisi de desserrer l’étau des énergies fossiles sur l’économie du pays, soit 1 million de tonnes équivalent pétrole (TEP) par an à 500 millions de dollars. C’est une économie substantielle de plus de 6,3 milliards de DH par an. Plus inquiétant encore, le boom de la consommation de l’électricité au Maroc et dans le monde intervient au moment où s’accumulent les nuages sur les hydrocarbures (pétrole et gaz naturel), qui représentent 50% de l’énergie mondiale. Ce ratio est de 60% au Maroc. 40 à 60 années de pétrole Aujourd’hui, des avancées certaines permettent de croire en l’énergie solaire, défend-on au sein de la Fédération de l’énergie. Les rayons du soleil baignant les parties émergées de la terre représentent 120.000 TW (térawatt). De ce point de vue, l’énergie provenant du soleil est presque illimitée. Les premières estimations font état d’un ensoleillement de 300 jours/an au Maroc. Le projet le plus immédiat reste celui de Ouarzazate (500 MW, parmi les plus grandes usines de production de l’électricité au monde) prévu pour 2015, lequel intéresse de grandes entreprises solaires européennes et américaines. De source proche de la fédération, «les premières marquent un intérêt évident pour ce projet, tandis que les secondes conviennent qu’elles ne peuvent pas ignorer ce projet. Mais elles rechigneraient de se soumettre au jeu des appels d’offres, qu’elles estiment être une perte de temps. On avance le nom de l’américain Bechtel. Faut-il opter pour un appel à manifestation d’intérêt limité à 2 ou 3 spécialistes du secteur? Valeur aujourd’hui, la production d’électricité au moyen de la vapeur est plus efficace, sachant qu’un pourcentage plus important du rayonnement solaire incident est converti en électricité. Si les antisolaires voient dans cette production de nombreuses contraintes, requérant des hectares de terrain et de longues lignes à hautes tension pour acheminer l’électricité jusqu’au consommateur, «les panneaux photovoltaïques peuvent être placés sur les toits des maisons, là où l’on a directement besoin d’énergie», rétorque le président de la Fédération de l’énergie, Moulay Abdellah Alaoui. Il n’empêche que cette source d’énergie présente un inconvénient évident. Elle s’amenuise quand le temps se couvre et disparaît la nuit. Un inconvénient qui devrait bientôt être résolu, si l’on en croit Alaoui: «des scientifiques travaillent sur des systèmes permettant de stocker l’énergie et de l’utiliser pendant les heures d’obscurité». De plus, certains prétendent qu’avec des progrès réguliers et progressifs, aucune percée technologique révolutionnaire n’est nécessaire et un soutien substantiel du gouvernement suffit à faire de l’énergie solaire une ressource aussi économique et efficace que les combustibles fossiles. Une sorte de fatalité semble également s’abattre sur les énergies fossiles. Selon les dernières estimations, le monde ne peut plus compter que sur 40 à 60 années de pétrole et 70 à 90 années de gaz naturel. C’est peu, d’autant plus que ces estimations remontent déjà au début des années 2000! Or, cette rareté ou fin annoncée de ces ressources vont à coup sûr avoir des répercussions sur les cours. Le pétrole comme le gaz naturel seront donc voués à devenir des produits hors de prix. Pis encore, sur le plan géostratégique, plus de 70% des réserves pétrolières et de gaz naturel mondiales se trouvent concentrées dans des régions plus ou moins instables. Pour rappel, la tension survenue en 2006 entre la Russie et l’Ukraine a eu pour conséquence, quelques jours après son déclenchement, la multiplication par 4 des prix du gaz naturel sur les marchés des matières premières. Mais que faire si l’objectif du «charbon propre» n’est pas atteint! «Le nucléaire est une alternative, qui, malgré ses handicaps, sécurité, déchets, est bien le seul à pouvoir relever le défi énergétique du pays», laisse entendre la fédération. Pour l’heure, il est impossible de se passer du charbon, de loin la première source mondiale d’électricité, avec 40% de la production, soit 6.980 TWh, alimentant à plus de 50% les superpuissances comme la Chine, les Etats-Unis et l’Allemagne. Le nucléaire: L’autre atout gagnant L’approche de la Fédération de l’énergie sur cette ressource retient comme technologie, pour les moyens de production d’électricité, le réacteur EPR (european pressurized water reactor) de génération 3+, conçu par Areva. Bien que l’EPR soit conçu techniquement pour un fonctionnement de 60 ans. C’est sa durée de vie économique, estimée à 40 ans pour être en adéquation avec un amortissement comptable traditionnel, qui séduit les experts. D’ailleurs, le président de la Fédération de l’énergie estime qu’«un tel choix laisse ouverte la possibilité, 40 ans après la mise en service industrielle, de remplacer l’EPR par un réacteur de nouvelle génération». L’inconvénient de cette technologie est qu’elle exige de lourds investissements. Le coût d’investissement représente plus de la moitié du coût du MWh. Il est constitué du coût de construction dit coût overnight auquel il faut ajouter les intérêts intercalaires dont l’importance dépend essentiellement du taux d’actualisation et de l’échéancier des dépenses retenus. Par contre, l’exploitation est faible. Le KWh du nucléaire est le plus compétitif de tous. Pour cela, le temps est compté. Car «le planning de construction s’étend sur 54 mois (près de 5 ans), entre la coulée du béton et l’atteinte de 100% de la puissance. Et les dépenses s’échelonnent sur les 8 années précédant la mise en service industrielle dont 85% entre les années N-5 et N-1». D’autant plus que «le poids des intérêts intercalaires dans le coût d’investissement actualisé est important», relève la fédération. Par conséquent, tout retard dans les travaux de construction engendrerait des intérêts intercalaires plus importants et donc un coût final plus élevé. Ainsi, l’investissement est de loin la composante la plus importante du coût de production du nucléaire. Le combustible et l’exploitation représentent des postes de moindre importance que les experts estiment dans un facteur de 3 à 4 environ. leconomiste.com
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